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Natural Grass invente la pelouse qui ménage les sportifs

C’est sur un terrain encore pauvre en innovation, le gazon, que Bertrand Picard s’est lancé dans l’entrepreneuriat, il y a quatre ans.

L’aventure est partie d’un repas familial au cours duquel ce trentenaire, financier chez Rothschild, et son père, ingénieur passionné par les inventions, ont choisi de s’attaquer à la fragilité des terrains de sport en gazon naturel. En partant d’un constat : l’alternative synthétique cause des blessures aux sportifs et génère des odeurs et des sources de chaleur urbaine. Et d’une idée : la faible résistance de l’herbe à l’usure des crampons tient davantage à celle du substrat, qu’à celle de la plante elle-même.

En 2009, ils lancent une cellule de recherche qui imagine et met au point un matériau capable d’accueillir le système racinaire des graminées, tout en absorbant les chocs du piétinement. Cette terre alternative combine du sable et du liège pour lui donner souplesse et légèreté. Le mélange est solidifié par l’ajout de fibres synthétiques, qui jouent le même rôle d’ossature que dans le béton fibré. Il suffit ainsi de répandre ce substrat à grand coup de pelleteuse sur un terrain et d’y poser des rouleaux de gazon, pour que l’ensemble livre aux graminées un matelas viable. Les botanistes ont également concocté des nutriments et des micro-organismes à rajouter au sol pour pérenniser le milieu.

Après deux ans de recherche et développement, deux laboratoires de biomécanique ont validé la réduction des traumatismes sur l’organisme des sportifs jouant sur ce nouveau type de terrain. Ce n’est pourtant pas sur un stade d’athlétisme que Natural Grass trouvera son premier terrain de démonstration mais… un cimetière. Plus précisément le cimetière américain de Colville en Normandie, dont le gazon souffrait mal les piétinements insistant des touristes qui visitent les tombes de soldats vedettes comme Ryan. La solution se révèle efficace. Quelques golfs comme celui de Saint-Cloud ou de Chantilly équiperont quelques chemins de roulage pour tester cette pelouse innovante.

L’entreprise s’est lancée en parallèle sur le marché des terrasses végétales avec, pour argument, la légèreté du substrat qui permet de soulager le bâtiment et de planter des parterres plus complexes que les toitures végétalisées habituelles.

Frais de maintenance réduits

Néanmoins, c’est le football qui pourrait faire décoller Natural Grass, en particulier l’équipement des stades pour l’Euro 2016. Bertand Picard a marqué un premier but à Troyes dans l’Aube, avec un appel d’offres que l’entrepreneur salue pour avoir favorisé l’innovation, quand les marchés publics donnent généralement la faveur aux moins-disant.

« Notre sol est deux à trois fois plus cher qu’un gazon, mais il économise d’onéreux replacages en cours de championnat. Le prix de construction estimé à 1 million d’euros pour un stade de football est comparable à celui d’un gazon synthétique, mais c’est un coût dérisoire par rapport au risque financier qu’impliquent les blessures des joueurs stars », fait valoir Bertrand Picard.

D’après une source bancaire, l’entreprise aurait même déjà décroché la commande du Stade de France à Saint-Denis, un contrat que dément néanmoins la jeune pousse. Le dirigeant de Natural Grass estime néanmoins avoir suffisamment de bons contacts dans les instances sportives pour espérer décrocher la moitié des pelouses de l’Euro 2016.

Élever le niveau de qualité des terrains de l’Euro 2016

Ça ne pouvait pas mieux tomber pour Natural Grass. Ces prochains jours, la Ligue de football professionnel doit sortir son premier palmarès des surfaces de jeu françaises. Objectif : mettre en valeur les meilleures pelouses et tirer les autres vers le haut.

Car la France a du retard par rapport à d’autres pays comme le Royaume-Uni, explique Patrice Therre, l’expert du cabinet Novarea que consulte la ligue. « Nous devons monter en compétence et augmenter les investissement » assure-t-il.

D’autant que, selon lui, l’innovation dans les pelouses naturelles a été relancée sous la pression des fabricants de gazon synthétique avec, par exemple, le chauffage ou l’éclairage des couverts végétaux pour les doper en hiver. Patrice Therre juge que Natural Grass offre une réponse pertinente dans ce contexte, grâce à des recherches agronomiques et biomédicales particulièrement poussées.

Par Matthieu Quiret
 
Natural Grass invente la pelouse qui ménage les sportifs - Les Echos

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