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Kamaishi, le rugby après le tsunami

JAPON – L’inauguration du Recovery Memorial Stadium, dans une ville submergée il y a sept ans, donne le coup d’envoi officieux du Mondial 2019.

C’est un petit bout de Japon méconnu. Au nord-est de l’île principale de l’archipel il faut cinq heures de train pour rejoindre Kamaishi, 35.000 habitants. Une cité de pêchcurs serpentant entre le Pacifique Nord et les montagnes boisées, pour voyageurs motivés. C’est pourtant ici que sera inauguré aujourd’hui,và un an de la Coupe du monde (du 20 septembre au 9 novembre 2019), le seul stade spécialement construit pour l’évènement. Son nom : le Kamaishi Recovery Memorial Stadium.

Kamaishi hybride

« Le symbole est immense , le monsieur rugby de la mairie. Ce stade tourne la page du 11 mars 2011. » pose Hisashi Masuda

A 14 heures ce jour-là, une vague de 4 mètres de haut avale la ville basse. Les voitures s’échouent sur les toits, les rues se transforment en canaux macabres. Effroyable bien humain: 1.063 morts, 10.516 personnes évacuées. Pendant deux jours, la ville devient l’emblème de la catastrophe avant que la menace Fukushima, à 200 kilomètres plus au sud, ne capte l’attention et replonge Kamaishi dans l’oubli. Aujourd’hui, sur de nombreuses façades en briquettes, une plaque bleue rappelle la mesure du tsunami, comme pour mieux l’ancrer dans le souvenir.

Jusque-là, la petite ville de la préfecture d’Iwate n’avait été placée sur la carte que grâce aux exploits du Nippon Steel Kamaishi, l’équipe de rugby locale (renommée « Kamaishi Seawaves » en 2011). Pas moins de sept titres de champion entre 1978 et 1984. Pilier de l’époque glorieuse, Jiro Ishiyama se rappelle: « Partout les gens adoraient nous voir jouer. On faisait naviguer le ballon très rapidement entre les avants et les arrières. Ces vagues incessantes, c’était notre style. » Mais depuis, les exploits se sont raréfiés et le club évoluent en deuxième division.

En juillet 2009, lorsque l’organisation de la Coupe du monde est confiée au Japon, Kamaishi, malgré sa passion pour la discipline, est absente des débats. Trop excentrée, un bassin de population qui décline. Suite au tsunami, des anciens du club, conduits par Ishiyama, montent un match de charité entre Kamaishi et Kobe. « Cela a été un succès, au point de nous donner une autre ambition, sourit l’ancien joueur. On a demandé au maire de persuader Yoshiro Mori, le président de la fédération, avec un argument : il manquait un symbole à cette coupe du monde. » Un lobbying payant : Kamaishi intègre la liste des villes hôtes en mars 2015. Deux matches seront à son programme, Fidji-Uruguay et un duel entre les deux derniers qualifiés, connus cet automne.

En 2011, la lame de fond avait dévoré le groupe scolaire Unosumai, forçant les élèves de 6 à 16 ans à fuir sans se retourner. C’est à cette place, à 50 mètres du Pacifique, qu’il fut décidé d’y implanter le nouveau stade. Hier, en regardant les écoliers répéter leur danse pour l’inauguration, Hisashi Masuda faisait part de sa reconnaissance: « On dit aussi merci aux Français. Après le tsunami, ce sont les premiers à nous avoir envoyé de l’aide. Et puis, ce stade a été construit par des entreprises françaises. » De fait, la PME parisienne Natural Grass a posé une pelouse hybride, la première au Japon, et les tribunes démontables ont été installées par GL Events, spécialisé dans l’évènementiel.

« C’est une nouvelle preuve de kizuna [le lien] qui nous unit à la France  » insiste Masuda.

Entourée de grues et de tractopelles s’activant à l’édification de nouvelles maisons, l’enceinte sent encore le bois et le béton frais. Dans un an, elle pourra accueillir 16.000 personnes, sous la protection d’une immense digue. Sept ans après la catastrophe, elle s’ouvrira avec un match entre Kamaishi Seawaves et Yamaha Jubilo, club de première division. Dans la religion japonaise, le seuil de sept ans renvoie à une étape du deuil. Avec le stade du Souvenir et de la Reconstruction, la vie a définitivement repris son cours à Kamaishi.  »

Mathieu Rocher

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