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Les pelouses hybrides aiment l’hiver !

Les attaques de l’hiver sur les pelouses de L1 et L2 servent les intérêts des promoteurs du gazon hybride qui associe terrain naturel et renforcement synthétique. Sur ce marché mondial de plusieurs centaines de millions d’euros, dominé depuis 20 ans par un fabricant belgo-néerlandais, une start-up française apporte des innovations prometteuses.

Troyes est le premier club équipé avec la pelouse hybride nouvelle génération. (AFP)

Troyes est le premier club équipé avec la pelouse hybride nouvelle génération. (AFP)

Il pleut et c’est tant mieux, la démonstration n’en sera que plus convaincante. Mercredi soir, après le quart de finale de Coupe de la Ligue Troyes – ETG 3-1, Bertrand Picard, président fondateur de Natural Grass, entraîne un petit groupe sur la pelouse du Stade de l’Aube pour un tour d’honneur… technologique. Il y a là des représentants des clubs et des villes de Valenciennes et de Mouscron (D2 belge). La veille, c’est le jardinier (anglais) du Real Madrid qui avait fait le déplacement, sur les pas de celui d’Arsenal, deux références dans la profession. «Regardez ! Aucune escalope, juste quelques cicatrices aux abords des surfaces. On pourrait rejouer sans problème dès ce soir.» La bonne mine du rectangle troyen offre de fait un saisissant contraste avec beaucoup d’autres terrains français. Alors que de grands stades comme Nice ou Marseille ont dû procéder ces derniers jours à un replacage total ou partiel, le gazon hybride du Petit Poucet de L2, posé en juillet dernier, a franchi sans préjudice «l’automne le plus arrosé de ces 40 dernières années dans la région». Miracle ?

Pour comprendre, les visiteurs de l’Aube se rassemblent autour d’une « carotte » extraite du terrain et constatent que la pelouse est enracinée dans un substrat blanchâtre. Le secret du procédé AirFibr – protégé par brevet – est là : un mille-feuille de sable fin, de granules de liège et de microfibres synthétiques. Nous vous avons décrit ici-même l’été dernier les nombreuses recherches 100% françaises nécessaires à l’élaboration de ce terrain qui sert de démonstrateur à l’ambitieuse start-up parisienne. Depuis, NaturalGrass a collectionné les prix économiques et sa cellule Recherche & Développement les présentations scientifiques dans les congrès de médecine du sport.

«Outre sa meilleure résistance aux intempéries, nous avons démontré que notre procédé réduit sensiblement les risques de rupture du ligament croisé antérieur par rapport à une pelouse classique»,

poursuit Bertrand Picard qui se dit armé pour challenger le géant du secteur, le Belgo-Néerlandais Desso.

L’inventeur du gazon hybride équipe «500 stades dans le monde depuis le début des années 90, dont la quasi totalité des clubs de Premier League, Nantes (2001) et Le Havre (2012)», décrit Helga Webers, sa directrice marketing.

Le Desso MasterGrass avait bluffé son monde lors du fameux Ukraine – France de l’Euro 2012 (0-2), noyé sous l’orage à la Dombass Arena de Donetsk. Le nouveau jardinier du PSG a opté à son tour pour ce procédé qui consiste à injecter sur un terrain naturel des millions de fibres synthétiques pour en renforcer la stabilité, la résistance et le drainage. Le Camp des loges est déjà équipé, le Parc des Princes le sera en juin.
A Nantes, le précurseur français, on dresse un bilan contrasté.

«Il semble que nous soyons dans le Top 3 du Championnat des pelouses initié cette saison par la LFP, se félicite Luc Delatour, le directeur des opérations du FCN, mais le GrassMaster ne permet pas de replacage partiel sur les parties abîmées, à la différence du procédé AirFibr auquel nous sommes attentifs comme d’autres clubs mais qui est fort onéreux.»

Confronté à ce témoignage, Bertrand Picard assure que si AirFibr est un peu plus cher que son concurrent, c’est à la marge («pas plus de 5%») et pour une technologie plus avancée. Outre la possibilité de replaquer, il met en avant «un moindre entretien et une plus grande souplesse». Bref, le match technico-commercial a commencé entre les deux acteurs qui déroulent un même argumentaire économique devant leurs prospects : plus aucun match annulé pour cause d’intempéries, moins de joueurs immobilisés sur blessure, augmentation de l’intensité d’utilisation, solution idéale pour les arenas multifonctionnelles… En ligne de mire du duo, les marchés professionnel et universitaire américains ou encore les 80 stades annoncés en Turquie ces vingt prochaines années.

Pour convaincre clubs, exploitants et municipalités, l’un et l’autre tablent sur les grandes compétitions «vitrines».

Desso sera présent au Mondial 2014 (Sao Paulo) et Air Fibr se fait fort de décrocher «la majorité des stades de l’Euro 2016». Pour continuer de chanter sous la pluie…

 

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Jean LE BAIL @JLBfootball

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