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L’Hybride gagne du terrain

En début de saison, Marseille, Metz et Saint-Étienne ont troqué leur ancienne pelouse naturelle pour une solution hybride déjà en place dans quelques clubs. Toulouse et Bordeaux vont suivre. Simple effet de mode ou l’amorce d’une vraie évolution ?

«Après la 21e journée, Troyes est leader. J’espère qu’on pourra aller chercher le trophée de la Ligue à la fin de la saison. » Ces propos n’appartiennent pas à Jean-Marc Furlan, solidement installé en tête de la Ligue 2 avec l’ESTAC, mais à Bertrand Yot. Quand on lui rappelle que Troyes est en tête du Championnat des pelouses mis en place depuis la saison dernière par la LFP, le chef du service paysager du Grand Troyes esquisse un sourire. « Pour nous, gens de la municipalité, c’est surtout gratifiant en interne, pour les collaborateurs. » une reconnaissance qui salue un bel exemple de réussite entre une collectivité locale et son club.

POUR EN FINIR AVEC LE BRICOLAGE.

Fruit de ce travail en commun depuis la saison dernière, le tapis du stade de l’Aube, qui souffrait de nombreux maux (perméable en fond, spongieux en surface), a été remplacé par une pelouse hybride dernière génération. « On pouvait continuer à replaquer du gazon, pour faire vert et beau, mais on n’aurait pas réglé le problème », commente le responsable paysagiste. Plutôt que de bricoler, la municipalité a préféré prendre le temps de la réflexion. « On a travaillé main dans la main avec l’ESTAC poursuit-il, et tenté de traduire les besoins du club et de Jean- Marc Furlan, qui relevaient parfois de sensations, en des données techniques capables de répondre à leurs attentes. On voulait un résultat performant sur la durée, un produit de confiance pour tous, gestionnaires et joueurs. En cas de match disputé dans des conditions difficiles, il était important pour les jardiniers d’avoir l’assurance que le terrain ne serait pas tout retourné le lendemain ; pour les joueurs de savoir que même s’il tombait 40 millimètres de pluie en une mi-temps, comme c’est déjà arrivé, qu’ils pourraient évoluer dans des conditions plus que favorables après. » À la suite de l’appel d’offres, la municipalité a passé contrat avec la société natural Grass. Cette start-up française, composée d’une vingtaine de salariés, a investi le marché des terrains sportifs il y a dix-huit mois et s’est imposée sur le marché français. Elle se positionne comme le concurrent de Desso Sports Systems, présent, lui, depuis plus de vingt ans dans le secteur, et qui équipe en terrains hybrides la plupart des clubs de Premier League. Le géant néerlandais fut aussi présent à Sao Paulo lors du dernier Mondial et compte comme clients français le FC nantes (depuis 2001), Le havre (2012) et le Paris-SG (2014).

UNE SURFACE QUATRE SAISONS.

Les produits respectifs des deux sociétés assurent au terrain une meilleure stabilité, lui offrent davantage de résistance et améliorent le drainage. La technologie développée par desso Sports System repose sur son procédé GrassMaster : une pelouse naturelle renforcée par des millions de fibres de gazon synthétique (1 tous les 2 cm2) plantées dans un substrat. En surface, les fibres se mélangent aux brins du gazon naturel. Son concurrent français, Natural Grass, s’appuie sur la technologie AirFibr, de nombreuses fois primée. Elle consiste à poser une pelouse naturelle sur un substrat d’une dizaine de centimètres d’épaisseur composé de sable fin, de fibres synthétiques et de granules de liège. Ici, les fibres sont en sous-sol.

« Le terrain est toujours parfaitement plat et on passe beaucoup moins de temps à le remettre en état, commente Bertrand Yot. Il n’y a plus de mottes, le gazon reste dense plus longtemps. En cas de tacle appuyé, il est scalpé. Le substrat reste intact. Une petite bêche, vous rapprochez les deux bords comme pour une plaie et la cicatrice va disparaître instantanément. On revient à des fondamentaux. C’est le jardinier qui sème sa pelouse au lieu de la traiter comme un puzzle et de retirer des bouts pour en remettre d’autres. »

Outre Troyes, la société française équipe depuis cette saison les stades de Saint-Étienne, de Marseille et de Metz. Bordeaux et Toulouse vont suivre, en avril et à l’intersaison prochaine. À Saint-Symphorien, le FC Metz foule le nouveau terrain depuis le mois d’août. « À la suite de la remontée en L1, le président Serin avait décidé d’investir dans différents domaines pour moderniser la structure, précise Jean-François Girard, directeur du stade et de la sécurité. La pelouse était vieillissante et devenait très difficile d’entretien d’octobre à mars. Environ 1,3 M€ a été investi sur ce poste, dans le but aussi de répondre aux critères de la licence club de la LFP. En termes d’entretien et de maintenance, nous nous y retrouvons. Le chauffage intégré permet de mettre le terrain hors gel. On ne se pose plus la question des variations climatiques. Le terrain est ultra drainant. » Mais, apparemment, pas assez pour absorber d’abondantes chutes de neige comme ce fut le cas lors de la seconde période de Metz-Nice (0-0) samedi dernier. Au point de faire dire au défenseur lorrain Sylvain Marchal que les « joueurs étaient cloués au sol ».

Kevin Lejeune, milieu de terrain du FC Metz depuis la saison dernière, apporte un autre bémol. « Seul inconvénient : le terrain traditionnel sur lequel on s’entraîne jusqu’au vendredi est totalement différent de celui du match. Les premiers appuis les soirs de la rencontre surprennent donc un peu. Après, on s’y fait vite, c’est une question d’habitude. »

«UNE VRAIE PRISE DE CONSCIENCE.»

La réussite des projets de Troyes et Metz est aussi le signe d’une évolution des mentalités et des relations entre les municipalités et les clubs pros. Reste que, contrairement à ce qui se passe en Angleterre, très peu de clubs en France sont propriétaires de leur stade (Auxerre, l’AC Ajaccio et très récemment le Gazélec Ajaccio). D’où des priorités parfois divergentes entre le club et la municipalité. « Il y a dix ans, en France, le terrain, l’outil numéro 1 du stade, était insuffisamment intégré dans les projets », commente Bertrand Picard, le président fondateur de Natural Grass. Son entreprise vient de remporter le marché du stade national d’Algérie, prépare son arrivée en Angleterre et cible déjà les pays d’Europe de l’Ouest.

« Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience. En un an, on a vu une évolution considérable dans la prise en compte du terrain comme élément indispensable d’un club ou d’un stade. Notre objectif, c’est que demain on utilise davantage les stades. Le projet de l’enceinte de Bordeaux prévoit ainsi qu’il puisse y avoir des matches de rugby qui se jouent sans que cela n’abîme la pelouse pour le football. »

Le synthétique n’a pas poussé

À l’été 2010, Nancy et Lorient furent les premiers clubs pros français dotés d’une pelouse synthétique. Châteauroux a suivi. Mais depuis, personne d’autre…

Pour l’AS Nancy Lorraine, le choix du synthétique fut dicté par la volonté de la communauté urbaine du Grand Nancy (CUGN) d’accueillir l’Euro 2016. Agrandi, restructuré, Marcel-Picot devait muer en une enceinte multifonctionnelle à toit fixe. Les travaux du terrain furent les premiers lancés. En décembre 2011, faute d’accord avec les entreprises privées concernées, Nancy se retira de la course à l’Euro. « D’un point de vue structurel et économique, le constat est positif, analyse Nabil el-Yaagoubi, directeur de l’organisation et de la sécurité, en charge du stade. Le dernier hiver en gazon naturel, on avait dépensé 100 000 € rien qu’en fuel, pour chauffer le terrain. Ces frais ont disparu. On a considérablement réduit les coûts d’entretien, de maintenance… et nous n’avons plus déploré un seul match remis. » Sur le plan sportif, l’analyse diffère.

Aujourd’hui, la volonté du président Rousselot et de l’entraîneur Pablo Correa, lassé d’avoir à gérer l’alternance synthétique-gazon naturel, est de remplacer le synthétique par une pelouse hybride dès la prochaine intersaison. Propriétaire du stade, le Grand Nancy se refuse à investir une telle somme (1,5 M€) et sur des délais aussi courts. Pour débloquer la situation, l’enceinte pourrait être vendue à l’ASNL.

« FAIRE BAISSER LES CHARGES. »

À Lorient, il y avait urgence à agir : « La pelouse était en mauvais état. Le club en pâtissait, rappelle Arnaud Tanguy, son directeur général. L’option synthétique a permis d’apaiser la relation entre la mairie et le club ; de contenter le domaine sportif, qui y voyait un avantage avec le jeu de passes courtes prôné par Christian Gourcuff ; d’assurer cette qualité de jeu toute la saison ; de faire baisser les charges. C’était un choix par rapport à la philosophie de jeu, par rapport à notre climat breton aussi. » C’est un peu poussé par les événements que Châteauroux a franchi le pas, en août 2011. L’hiver précédent, le terrain annexe de l’équipe réserve fut menacé de déclassement par la FFF. « Face à l’ampleur du coût de remise en l’état – 200 000 € –, la municipalité a opté pour le remplacement du terrain en gazon de l’équipe première par un synthétique sur lequel jouerait la première et la réserve, explique Bruno Allègre, président délégué du club. Aujourd’hui, le terrain est utilisé de manière constante l’hiver. Après, c’est un terrain en rapport avec nos moyens… »

Lire l’article de France Fotball ICI

Eric Lemaire

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