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Mondial football : les pelouses peuvent-ils être écolo ?

the-ball-488713_1280Et si le foot se mettait au vert ? Après tout, avec 8000 m2 de pelouse, les stades pourraient être écolo. Entre arrosage, traitement et luminosité, où en est le green dans les compétitions comme la coupe du monde qui se tiendra en Russie dès le 14 juin ?

La prochaine coupe du monde en Russie prend-elle soin de ces espaces de verdure ? « Ne rêvons pas, le premier enjeu d’une pelouse de compétition lors des coupes du monde est d’être de qualité le jour des matchs et de le rester durant toute la compétition. C’est-à-dire verte et plate pour le ballon et ‘safe’ pour les joueurs », répond Bertrand Picard fondateur de la start-up Natural Grass spécialisée dans les matériaux innovants végétalisables. Mais celui-ci concède : « Il est vrai que l’i

mpact environnemental des pelouses sportives durant leur cycle de vie s’est considérablement amélioré ces derniers années ».

En première ligne : le choix des matériaux

Sur ce point, Bertand Picard fait d’ailleurs partie des acteurs favorisant le ‘green’. Son concept ? « AirFibr« , une pelouse 100 % naturelle enracinée dans un substrat végétal à base d’un matériau unique mélangeant du liège, du sable et des microfibres synthétiques. Ecolo car « le liège stocke le carbone sur le long terme. Quant au sable, il permet la rétention d’eau et donc diminue sa consommation et celle de fertilisants » explique-t-il. Et ce substrat ne perd pas pour autant de vue les enjeux sportifs : « il est résistant, permettant aux équipes d’enchaîner des matchs en peu de temps sans détérioration et est souple, diminuant le risque de blessure des sportifs« . Une technologie qui séduit puisque la moitié des terrains lors de l’Euro 2016 en bénéficiaient. Le Real Madrid a également opté pour ce green gazon. Encore faut-il que la pelouse soit correctement entretenue par la suite.

Des rayons UV à la place de produits chimiques pour traiter les pelouses.

Une pelouse sans désherbant, est-ce possible ?

La réponse est en partie liée au pays dans lequel s’organise les coupes du Monde. En Russie ? « Il n’y a pas vraiment de réglementation, c’est la liberté en matière de pesticides«  répond Sylvain Duval, consultant européen en agronomie dont l’expertise sur le gazon avait été sollicitée par l’UEFA lors de l’Euro 2016. Autre problème actuel soulevé par Bertrand Picard : « Le changement climatique provoque de nouvelles maladies sur les pelouses ». Ce à quoi s’ajoute la pression de la compétition « Les jardiniers vont automatiquement utiliser des produits chimiques pour détruire la maladie au plus vite… Sauf qu’avec le temps l’on provoque l’apparition de maladies résistantes« . Des maladies qui pourraient demain être traitées sans produits chimiques… mais avec les propriétés curatives des UV, selon cet expert : « Cette solution est déjà une pratique courante dans les serres de roses en Hollande et est de plus en plus utilisée pour les stades de football ». Le processus de recherche est développé par une société hollandaise SGL concept : « Ces UV vont directement attaquer l’ADN. La maladie ne pourra donc pas se reproduire ni se propager. L’idée est d’enrayer la maladie avant qu’elle ne cause des dégâts visuels sur le gazon. Si on contrôle la maladie, on limite ainsi l’utilisation de produits chimiques« , confirme Sylvain Duval, expert européen du gazon pour l’UEFA (euro 2016). « Ce procédé a fait ses preuves, assure-t-il, comme au stade du Real Madrid et se répand en Allemagne. Il est actuellement expérimenté en France mais sur un terrain de golf. Car se tiendra du 25 au 30 septembre prochain, la plus grosse compétition au monde, la Ryde cup« .

Optimisation de la lumière artificielle reçue par les pelouses en cours d’étude

Autre piste pour optimiser les énergies : celle de la lumière dont l’herbe a besoin pour vivre. La France est particulièrement active sur ce sujet. L’équipe de Didier Combes à L’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) étudie actuellement le fonctionnement des plantes par rapport à leur environnement et notamment la lumière. Ce qui l’a amené en 2007 à réaliser une expertise pour diagnostiquer le niveau de rayonnement lumineux au stade de Rennes, c’est-à-dire « calculer la quantité de lumière interceptée par les plantes du gazon » nous explique Didier Combes. Et depuis 2010, à collaborer avec l’entreprise TERENVI pour « optimiser l’apport en lumière sur la pelouse afin de minimiser l’effet de l’ombre« . Résultat ? Ils ont développé tout un protocole pour positionner les rampes lumineuses de telle façon que l’éclairage soit homogène sur une surface donnée. « Cette surface doit être la plus homogène possible pour ne pas avoir à repasser plusieurs fois et donc dépenser de l’énergie », explique le scientifique.

Zéro pointé pour l’eau

À un niveau élevé de compétition, difficile d’imaginer une pelouse qui ne soit pas parfaitement verte. « Ce sport est tellement médiatisé qu’il est inimaginable de laisser « jaunir » l’herbe d’un point de vue esthétique… et pratique : plus elle est verte et plus elle est grasse permettant au ballon de se déplacer assez rapidement », selon Sylvain Duval qui admet qu’à sa connaissance, »il n’existe pas de système de recyclage en eau sur les stades de foot ». D’ailleurs, vous avez sans doute remarqué que parfois à la mi-temps les entraîneurs réclament systématiquement l’arrosage du terrain ? Ce n’est pas pour hydrater l’herbe mais pour que celle-ci soit plus glissante pour le ballon. Mais peut-être qu’un jour le foot s’inspirera du golf : « l’on utilise de plus en plus de l’eau issue des habitations passée en station d’épuration et nettoyée. Non potable, elle devient suffisamment propre pour arroser les terrains. C’est pratiqué en Espagne, Tunisie, au Maroc et à Dubaï », témoigne l’expert. Mais ce système est plus compliqué à mettre en place dans le foot selon lui : « le stade est généralement en ville et les joueurs souvent en contact avec pelouse donc il faut faire attention aux germes de l’eau si celle-ci n’est pas assez épurée ». Une mentalité qui pourrait changer en 2022 lors de la coupe du monde au Qatar, ces derniers visant l’utilisation d’eau recyclée.

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