Cliquer pour envoyer par email
TwitterGoogle+LinkedInFacebook
Rugby : la piste Diochon prend racine pour le Stade Rouennais

Encore opposée en décembre à la venue du rugby à Diochon, la Métropole a demandé au Stade Rouennais de lui présenter un dossier démontrant qu’une cohabitation avec le football était tout à fait possible.

image_content_general_20206437_20160302181215

« Je suis à la croisée des chemins, ça marche ou je meurs. » 

Marc-Antoine Troletti ne lâche pas l’affaire. L’obstination du président du Stade Rouennais va peut-être finir par payer. Il vient de remettre un dossier à la Métropole dans lequel il explique comment le rugby et le football peuvent parfaitement se partager la pelouse du stade Robert-Diochon, gérée depuis l’été dernier par la collectivité publique. C’est un vrai retournement de situation car en décembre, David Lamiray, son vice-président chargé des sports (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), avait opposé une fin de non-recevoir à Marc-Antoine Troletti, estimant que le rugby devait rester dans son stade Mermoz, sur le point de faire l’objet d’une rénovation (de l’ordre de 3 M€).

« Monsieur Lamiray est venu assister à notre match contre Langon (le 31 janvier). Il y avait une boue pas possible et il s’est rendu compte que les conditions d’accueil étaient totalement inacceptables. C’est alors qu’il m’a demandé de soumettre un dossier dans lequel nous avons présenté les aménagements techniques nécessaires pour que le stade Robert-Diochon soit compatible avec la Pro D2 (le club devrait être candidat en 2017-2018). Nous avons argumenté avec un exemple à l’appui, celui du stade de Bourg-en-Bresse où évoluent des clubs de football et de rugby de haut niveau. »

Le partage du stade passe par la réfection de la pelouse et l’installation du système « Air Fibr », en vogue dans les grands stades (Bordeaux, Lyon, Marseille, Saint-Etienne…). Un gazon 100 % naturel est fixé sur un substrat composé de granules de liège, de microfibres synthétiques et d’un sable très fin.

« Au maximum des options, c’est un million d’euros, explique Marc-Antoine Troletti. Sans les options (chauffage), c’est aux alentours de 750 000 €. »

TROLETTI : « OU ON ME DONNE DIOCHON OU J’ARRÊTE »

Ces derniers mois, Marc-Antoine Troletti a totalement changé de point de vue à propos de son bon vieux Mermoz dans lequel il lui est impossible de faire décoller ses ambitions.

« Même si on met plusieurs millions dedans, il ne sera jamais un stade de Pro D2. C’est presque de l’argent foutu en l’air. La vocation du Stade Rouennais n’est pas de rester en Fédérale 1. C’est le pire niveau. Il faut offrir une perspective de Pro D2 à Richard Hill (son très chevronné entraîneur anglais). Ça ne peut être qu’à Diochon. L’avenir du rugby passe par un choix politique. Soit on décide d’investir vraiment sur le stade Diochon pour permettre au football et au rugby de se développer. Attention, Diochon sera toujours le stade du football. Mermoz, lui, restera le stade de l’entraînement et de la vie sociale du rugby, avec son club-house. »

Le président du Stade Rouennais a aussi sensibilisé Hervé Morin, le nouveau président de la région Normandie, soulignant d’intérêt de faire émerger un club de très haut niveau au nord de la Loire, en dehors de Paris.

« Le rugby en Normandie, c’est différenciant, c’est l’occasion de susciter l’attention, de faire parler très vite du territoire. Imaginez un Rouen – Biarritz ou un Rouen – Perpignan… Je mets ma main sur la table que Diochon serait plein pour de telles affiches. Et puis cette fois, Rouen attirerait Le Havre et Caen car il n’y a plus de jalousie puisqu’il n’y a rien de l’autre côté. »

Le boss du Stade Rouennais réfute l’idée d’un coup de pression, voire d’un coup de bluff.

« Financièrement, je ne tiendrais pas longtemps. Ou on me donne Diochon ou j’arrête. J’ai des contacts avec de gros partenaires de niveau national et international qui sont prêts à venir mais qui attendent un message fort. »

Il est vrai que les résultats du club, quatrième de sa poule de Fédérale 1 alors qu’il est tout juste promu, ne passent pas inaperçus.

Michel Mallet, le président de Quevilly-Rouen Métropole, a rencontré Marc-Antoine Troletti à deux reprises ces dernières semaines.

« En l’état actuel des choses, je lui ai dit que le rugby ne semblait pas compatible avec le football à Diochon, vu la forte utilisation des installations par trois équipes : QRM élite, le FCR en DH et les féminines du FCR en D2. On est déjà en surutilisation. Pour préserver la pelouse, on se limite à un match par semaine, avec les féminines qui doivent jouer de temps en temps à Lozai. »

En revanche, Michel Mallet se dit ouvert à l’idée du partage du stade si une solution technique s’impose, comme la pelouse hybride utilisée à Bourg.

« Il y a un exemple, il faut aller voir sur place. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Si demain, on est capable de faire un produit qui répond aux exigences de tout le monde et si nous avons une des meilleures pelouses de L2 et de Pro D2, allons-y. Il n’y a rien de plus nul qu’un stade vide et qui ne sert pas. Il faut simplement que ce ne soit pas l’un au détriment de l’autre. »

Simple utilisateur de Diochon, Michel Mallet n’a pas de pouvoir de décision. « La parole est aux élus. Clairement, ça dépend de la politique de sport qu’ils veulent développer. Nous sommes totalement dépendants de la Métropole qui devra aussi prendre en compte les problématiques annexes comme le tracé des terrains, le démontage des buts et des poteaux, ou la panneautique, car les partenaires ne sont pas forcément les mêmes. »

L’exemple bourg-en-bresse

Bourg-en-Bresse l’a fait, Rouen doit s’en inspirer, estime Marc-Antoine Troletti. Au printemps dernier, la montée du club de football bressan en Ligue 2 a poussé les collectivités locales à trouver très rapidement une solution car son stade habituel n’était pas conforme aux normes. Les footballeurs (13e) ont donc trouvé refuge au stade Marcel-Verchère qui était jusqu’alors celui des rugbymen de l’Union Bressanne Pays-de-l’Ain (1er de la poule 4 de Fédérale 1).

« La cohabitation se passe très bien, les rugbymen nous ont très bien accueillis, explique Thibault Gauthier, le « stadium manager » du « FC » Bourg-en-Bresse. La pose d’une pelouse « AirFibr » pendant l’été a permis d’évacuer les réticences. « On ne souffre pas des matches de rugby, assure Thibault Gauthier. L’enracinement du gazon est fort. Il y a déjà eu des mêlées pendant 20 minutes sur une même zone et le terrain reste très bien. Cette saison, il y aura quatorze matches de foot (le club a débuté à Gueugnon l’été dernier pendant des travaux) et une douzaine de rugby. Pour la prochaine, il y aura une quarantaine de rencontres au total. Il arrive qu’il y ait deux matches très rapprochés. Ce sera notamment le cas début avril avec le football le vendredi et le rugby le dimanche. »

Thibault Gauthier ne voit que des avantages à jouer sur cette surface.

« Il peut pleuvoir trois jours sans qu’il y ait des flaques d’eau. Il n’y a pas le risque d’avoir des matches reportés, d’autant que nous avons un système de maintien à température pour éviter le gel. Ce type de terrain permet aussi à notre équipe de développer du beau jeu. C’est un gage de spectacle, pour le foot comme pour le rugby. Maintenant, nos collègues (du XV) trouvent même bizarre de jouer à l’extérieur sur des terrains boueux. Ils en ont perdu l’habitude. »

Au classement du championnat des pelouses instauré par la Ligue de football professionnel, le stade Marcel-Verchère obtient la meilleure note de L2 avec 17,45 sur 20 (au classement général, Bourg-en-Bresse n’est que 7e avec 16,1 points, une note tronquée par ses sept premiers matches disputés au stade Jean-Laville à Gueugnon), un « brin d’herbe » de plus que le FC Metz et Lens (17,4). A chaque rencontre, le terrain est évalué par les entraîneurs, les capitaines et l’arbitre central.

Par A.G. / paris-normandie.fr – 02 mars 2016

 

Retour