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Troyes a séduit Arsenal

Le club de Ligue 2 a refait sa pelouse en s’appuyant sur un nouveau concept hybride, à la fois synthétique et naturel, qui intéresse Arsène Wenger.

L'équipe_Troyes a séduit Arsenal_Natural Grass AirFibr

DEPUIS LE DÉBUT de la saison, Troyes, relégué en L 2 en mai, accueille les plus grands clubs d’Europe. Évidemment, Arsenal, le Dynamo Kiev, l’Olympique Lyonnais et le Real Madrid (bientôt) ne viennent pas disputer des matches de Ligue des champions ni écumer les magasins d’usine du coin. Si des représentants d’Arsenal ont déjà mis les pieds deux fois au stade de l’Aube (Arsène Wenger himself est attendu en février), c’est pour la qualité de la pelouse du club troyen.

« On a réalisé de gros travaux cet été, confirme Daniel Masoni, le président de l’ESTAC. Notre pelouse avait quelques années, mais on refusait de passer au synthétique. Puis on nous a présenté ce produit exceptionnel. »

Le dirigeant en fait-il trop au moment d’évoquer le produit en question, l’AirFibr de la société française Natural Grass ?

Son entraîneur, Jean-Marc Furlan, ne s’est pas encore plaint du terrain, une rareté chez les techniciens français habitués aux bourbiers dès novembre. « C’est vraiment révolutionnaire. On est en décembre et on n’a pas un trou, comme si on était en été. »

Bertrand Yot, responsable du service des espaces paysagers de l’agglomération Grand Troyes, a piloté le projet financé par l’institution, propriétaire du stade. « Depuis 1995, nous avions une pelouse avec un substrat (le sol) ancienne génération (sable et roche volcanique principalement), mais il ne résistait plus, il était devenu perméable. On voulait changer mais ne pas mettre un pansement sur une jambe de bois. » Bertrand Picard, président fondateur de Natural Grass, est arrivé avec son concept qui mêle un sol synthétique et une pelouse naturelle. Un produit qui existe chez son concurrent Desso GrassMaster (qui équipe Nantes, Le Havre ainsi que Manchester City, Liverpool et… Arsenal !), mais

Picard estime se différencier par la composition de son substrat « avec des dizaines de milliards de fibres synthétiques qui jouent le rôle de racines artificielles, du liège pour la souplesse, du sable et ce qu’on appelle “le quatrième élément » entre nous, notre secret.

Un 35-tonnes peut rouler dessus, il écrasera l’herbe mais n’endommagera pas le sol. » Un intérêt pour le sportif, mais également pour les stades multifonctions (concerts, salons…).

PAS DE PROBLÈME QUAND IL PLEUT TRÈS FORT…

Celui de Troyes a réussi, le 4 octobre, un test grandeur nature et pas seulement parce que Troyes a étrillé le CA Bastia (6-1).

« Il est tombé quarante millimètres d’eau en une mi-temps, ce qui est énorme quand on sait que la pluviométrie moyenne sur un an dans la région est de six cents à sept cents millimètres, rappelle Bertrand Yot. Nous n’avons pas eu un seul problème. Seul l’accès au stade était difficile, les gens râlaient. »

Pas les sept jardiniers troyens qui n’ont que quelques griffures à réparer, selon Picard : « Le rapport d’entretien avec les terrains classiques est de un à dix, c’est énorme. » Jean-Marc Furlan, l’entraîneur de l’ESTAC adepte du beau jeu, est lui aussi sous le charme de ce terrain . « Quand j’étais à Strasbourg, j’ai pensé au synthétique. Puis je suis allé voir les terrains en Allemagne qui sont naturels et superbes. Aujourd’hui, je suis totalement opposé au synthétique au niveau professionnel. Cela dénature le jeu, ce n’est pas le même football et les joueurs subissent plus de traumatismes. »

Depuis 2010 et la mode des synthétiques lancée par Lorient (L 1) et Nancy (L 2), aucun autre club n’a franchi le pas. Peut-être parce que rien ne vaut un bon vieux tacle glissé sur deux mètres. À condition que le sol ne soit pas gelé. Ce ne sera pas le cas à Troyes, le terrain étant couplé à un système de chauffage.

Tout ceci a un coût, évidemment : un million d’euros l’ensemble, le Grand Troyes bénéficiant d’une « réduction » de cent mille euros pour gérer l’accueil des clubs intéressés. Picard ne s’en cache pas, « nous étions deux fois plus chers que nos concurrents qui ont terminé deuxièmes de l’appel d’offres. Mais, aujourd’hui, un club comme Nice, que nous avions contacté dans le cadre de son nouveau stade (inauguré fin septembre), a déjà replaqué du gazon et, sur ce type de conception, cela peut arriver deux ou trois fois par an. » Pour un coût total moyen annuel de quatre cent cinquante mille euros…

Yohann Hautbois

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